La base documentaire

La base documentaire : La tenue vestimentaire

« On pardonne plus volontiers un trou dans le caractère d'un homme que dans ses vêtements. » – Proverbe anglais

Une femme hésite dans le choix de deux chemisiers

« Que vais-je donc mettre ? »

L' habit ne fait pas le moine, entend-on parfois. Certes, mais quand on cherche un moine dans une foule, une soutane est un indice non négligeable... Nous produisons nécessairement une impression, bonne ou mauvaise, par notre apparence vestimentaire.

Sans tirer de conclusions hâtives sur quelqu'un, l'image qu'il produit donne déjà des informations sur sa personne et nous touche au sens émotionnel du terme, souvent à notre insu. Sur ce chapitre, la « neutralité » n'existe peut-être pas...

Un lien entre activité et tenue vestimentaire

Les vêtements que nous portons ont d'abord une influence sur nous même. Elle est peut-être plus intense encore dans la mesure où nous la percevons par notre sens kinesthésique (la sensation sur la peau, l'aisance, la souplesse, ...), un sens kinesthésique bien généreux quant à produire des émotions.

Une tenue excessivement somptueuse pourra nous conférer un sentiment de supériorité pas toujours justifié. A l'inverse, une tenue par trop négligée risque d'alimenter la perception négative de nous-mêmes. Et cela va plus loin encore puisque même notre comportement pourra s'en voir influencé. A ce propos, citons un cas réel.

Une jeune femme travaillait depuis plusieurs années dans une société. Afin de rester plus proche de ses enfants touchés par des problèmes de santé, elle demanda un aménagement de ses conditions de travail, en l'occurrence, en télétravail, dispositif assez largement plebiscité depuis la pandémie de Covid 19. Elle gérait donc ses activités professionnelles depuis chez elle.

Nos vêtements jouent un rôle fondamental quant à notre condition mentale et opérationnelle

Peut-être nous imaginons-nous, ou même, vivons-nous, dans une telle situation, souvent objet de plaisanteries et caricatures : la possibilité de travailler un peu quand nous le voulons, avec un fond musical choisi, une tasse de café à portée de la main, et, pourquoi pas, si la caméra n'est pas nécessaire, en pyjama, en caleçon (ça s'est vu...) ou en chemise de nuit. A quoi bon s'habiller puisque personne (en principe...) ne nous verra. La belle vie, quoi !

Oui, peut-être, sauf que notre travailleuse s'est précisément appliquée au contre-exemple. Bien qu'elle ne soit pas astreinte à des horaires de connexion fixes, ni même à des contacts en visioconférence, elle se lève à la même heure que pour aller au bureau, elle s'habille comme pour aller au bureau, elle se maquille comme pour être au bureau... Pour quelle raison ? Eh bien parce qu'elle s'est vite aperçue que si elle ne se plaçait pas dans un contexte suffisamment formel, tenue vestimentaire en particulier, sa concentration et son efficacité étaient dangereusement compromises.

Que conclure ? Que les vêtements que nous portons (entre autres) jouent un rôle fondamental quant à notre condition mentale et opérationnelle.

En public, nos vêtements adressent également un message à nos vis-à-vis, ils parlent de nous. En l'absence de ce public, ils nous parlent. Et on pourrait ajouter les accessoires qui vont avec, comme les bijoux et les parfums.

Pour confirmer ces propos, Le Sunday Telegraph rapporte les conclusions d'une enquête nationale australienne. « Certains employés pensent que travailler en tenue décontractée favorise finalement la paresse. Près de 42 % des employés du secteur des technologies de l'information travaillent tous les jours en tenue décontractée, et dans 40 % des entreprises australiennes les salariés peuvent, s'ils le souhaitent, adopter une tenue plus détendue le vendredi (casual Friday). Si le travail en tenue décontractée a de plus en plus de succès auprès des employés, 17 % des patrons interrogés pensent qu'il a une incidence négative sur la productivité. Parmi les employés, 21 % des femmes et 18 % des hommes partagent cet avis. »

La forme de l'uniforme du formateur en formation

Un jeune homme portant cravate nous regrade en souriant

Une tenue adaptée aux circonstances joue un rôle important

Prenons le contexte des formations. Les stagiaires qui voient le formateur ou la formatrice se font immédiatement une impression à partir de sa tenue. Pourvu que cette impression soit bonne ! Mais quelle tenue alors adopter ? Il faut tenir compte du contexte, des convenances et des coutumes locales. On peut imaginer qu'une formation dans un autre pays ou sur un autre continent pourra incorporer des variantes à ce propos. Difficile, donc, d'établir des règles en la matière. Cela dit, nous savons ce qui fera tel ou tel effet. Nous avons une idée sans doute assez précise de ce qu'il convient de porter ou non.

Dans des formations à la préparation orale de concours, nous travaillons beaucoup sur la façon de parler et de se présenter. Systématiquement revient la question : « Mais comment dois-je donc m'habiller pour me présenter devant un jury ? ». Que répondriez-vous à cette question ?

La réponse peut surprendre et ne fournit finalement que les indices nécessaires à la bonne conclusion. « Habillez-vous avec une tenue qui convient à la circonstance, à la hauteur de l'importance de l'évènement et de la considération que vous accordez aux membres de votre jury ». Notre tenue renseigne nos interlocuteurs sur le degré de considération que nous avons pour eux. Votre tenue est le cadre qui entoure le tableau de votre personnalité. Celle-ci sera-t-elle mise en valeur ? Sera-t-elle sinon compromise ? Ces deux éléments sont-ils harmonieusement présentés, se renforçant l'un et l'autre ? Il y aura nécessairement des variantes selon que l'on se présente dans une agence de communication ou bien devant un aréopage d'experts comptables...

C'est une question qu'il convient toutefois de se poser lorsque l'on a affaire à du public. Et c'est bien le cas des formateurs et des formatrices. Il est possible aussi que les stagiaires aient certaines attentes à ce propos. Notre tenue contribue-t-elle à la légitime « autorité » qui nous échoit ? Notre crédibilité et notre sérieux sont-ils soulignés par une mise suffisamment soignée ? Nul doute que celle-ci joue un rôle important sous ces aspects. Pour preuve, citons une expérience.

Bien dans ses baskets, mais pas seulement

On a observé le comportement d'un groupe de piétons en attente de traverser. Le feu pour les piétons est au rouge. A certains moments, bien que la traversée soit en principe interdite par ce signal, elle reste néanmoins pratiquement possible du fait de l'absence de véhicules. On a alors fait traverser un expérimentateur anonyme selon deux « versions ». Dans une première situation, l'homme est vêtu de façon très décontractée, voire un peu relâchée. Lorsqu'il traverse la route (le signal piéton toujours au rouge), très peu de personnes lui emboîtent le pas. Les autres attendent sagement le signal au vert.

Dans un second temps, l'expérimentateur est vêtu cette fois d'un costume classique visiblement de prix. Lorsqu'il traverse la route alors que les piétons sont invités à attendre leur tour, un nombre considérable de personnes font de même, dans des proportions spectaculaires par rapport à la première fois.

« Pour le monde du travail, le message est clair : si vous êtes négligent pour ce qui est de votre présentation, vous êtes négligent. Point. »

Que s'est-il passé ? Il semble que les piétons aient procédé à une estimation empirique du niveau social ou professionnel du « contrevenant ». Manifestement, la personne qui a été évaluée comme de haut rang, par son seul aspect, a eu un comportement bien plus persuasif, incitatif même, que le premier, sans doute estimé plus « commun ». Il ne s'agit pas là de justifier ces comportements, d'autant que dans les deux cas, il y a « infraction ». Difficile cependant de nier l'impact puissant de notre tenue, tenue qui nous classe et nous place plus ou moins haut dans l'échelle d'estime sociale, avec l'influence en conséquence.

D'après le Toronto Star « les gens bien habillés font bonne impression ». Il est vrai que la première impression produit un effet qui peut perdurer bien plus longtemps que nous l'imaginons. « Pour le monde du travail, le message est clair : si vous êtes négligent pour ce qui est de votre présentation, vous êtes négligent. Point. » Les spécialistes disent « qu'une apparence propre et soignée donne à un employeur ou à un client éventuels [ajoutons : à des stagiaires] le sentiment qu'ils peuvent espérer un travail de qualité ».

Sans tomber dans le dogmatisme, beaucoup d'éléments semblent souligner l'importance de notre tenue lors des actions que nous animons, des réunions que nous conduisons, des allocutions que nous présentons, des instructions que nous donnons. Un minimum d'application et de considération nous guidera dans nos choix. Il serait fort dommage que par négligence, ce soient nos stagiaires, auditeurs ou collaborateurs qui nous remontent les bretelles...

 

F. Huguenin