Le harcèlement sexuel

«  Respecter l'autre, c'est le considérer en tant qu'être humain et reconnaître la souffrance qu'on lui inflige. »
- Marie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral

Le harcèlement sexuel est un phénomène très répandu. De récentes affaires semblent avoir remis le problème au (mauvais) « goût du jour » et relancé la question de la tolérance, voire de la complaisance, souvent excessive.

Des noms. Des noms célèbres, jusque-là respectés. Des noms devenus synonymes d'outrage ou de manipulation, de crime ou de calcul, selon les versions. Dans tous les cas, au moins le doute, peut-être la répulsion, ou bien la pitié et la compréhension, toujours selon l'angle sous lequel on veut se positionner.

Certaines de ces affaires portent sur des cas d'agressions sexuelles, voire de viols. Et dans l'anti-chambre de l'agression sexuelle, il y a le harcèlement sexuel.

Le harcèlement sexuel est-il un problème grave ?

« A mon travail j'ai des problèmes avec les hommes qui font des remarques grivoises » se plaignait une femme. « C'est une des choses qui fait que l'on rentre chez soi d'humeur massacrante » , disait-elle encore. Une jeune femme qui travaille dans une banque disait: « C'est une lutte constante. Ces types feront n'importe quoi pour briser ma résistance. Cela va d'une invitation à déjeuner jusqu'à l'offre de faire une fugue en Floride. Ce qui m'ennuie le plus, c'est que cela semble empirer. »

Une jeune femme déclare : « Ces types feront n'importe quoi pour briser ma résistance.  ».

Dans de tels cas, la victime ne sait pas toujours quoi faire. A qui parler ? Sera-t-elle crue ? Car il n'est pas encore question d'agression, du moins au sens « opérationnel » du terme. Et quelles répercussions ensuite sur son travail, sa présence dans l'entreprise ? Ne risque-telle pas d'être confrontée à la fâcheuse situation de « parole contre parole » ? Et sa gêne sera-t-elle prise au sérieux ? Ou bien passera-t-elle pour une bien délicate personne, qui ne comprend pas la « plaisanterie » et qui fait beaucoup « d'histoires » pour rien ? Difficile de prendre une décision.

Il y a, fort heureusement, des cas où le harcèlement est reconnu et les victimes correctement dédommagées. Des jurys reconnaissent la pression produite par les humiliations, les angoisses endurées. Des employeurs se sont vus condamnés pour avoir toléré - voire édulcoré - de tels comportements sur le site de leur entreprise. De là à dire que tous les cas de harcèlement sexuel sont traités avec le même sérieux, il y a une marge et une marge importante.

Des batailles juridiques ont été gagnées. Mais « personne ne croit que les lois élimineront le harcèlement sexuel » , explique la revue Newsweek. Les répercussions de ces actes peuvent cependant être énormes. « Lors d'une étude, des femmes harcelées par des hommes disaient souffrir de maux de tête, de nausées et d'insomnie. » Ces méfaits ne se limitent pas aux couches réputées sordides de la société. Cela arrive aussi sur le lieu de travail, même dans les lieux les plus « convenables », comme une banque.

Le harcèlement sexuel : c'est quoi ? C'est qui ?

Mais qu'est-ce que le harcèlement sexuel ? Nous en avons tous une certaine idée, probablement assez proche de la réalité et des faits. D'un point de vue légal, le harcèlement sexuel désigne les agissements d'une personne « dans le but d'obtenir des faveurs de nature sexuelle à son profit ou au profit d'un tiers » (d'après le Code du travail). Ce type de harcèlement (de même que le harcèlement moral, soit dit en passant) est interdit et réprimé par la loi.

Dans la mesure où les actes sont intentés « dans le but d'obtenir des faveurs de nature sexuelle », on peut raisonnablement penser que ce harcèlement est potentiellement préparatoire à une agression, surtout si le coupable n'obtient pas « l'assentiment » de sa victime pour ce qu'il cherche.

Selon une enquête de l'INRS (Institut national de recherche et sécurité), la personne capable de tels agissements est difficilement « repérable ». Ce peut être à peu près n'importe qui et à n'importe quel âge. Même, l'auteur est souvent bien intégré dans l'entreprise. Il se peut que ce haut degré d'intégration favorise la prise de risque, facilitant les justifications éventuelles. Les victimes, quant à elles, ne sont pas nécessairement des personnes fragiles. Il est juste remarquable que l'écrasante majorité des cas de harcèlement sexuel visent les femmes.

Harcèlement sexuel et silence

Parmi les constats les plus consternants figure celui selon lequel relativement peu de personnes portent les affaires de harcèlement sexuel devant les tribunaux. Quant on sait que c'est le cas pour le viol, on comprend qu'il soit d'autant plus difficile de prendre une telle décision lorsque l'agression n'est pas avérée.

Le plus souvent, malheureusement, les victimes de harcèlement sexuel souffrent longtemps en silence avant que quelque chose se passe. Et ce quelque chose n'est pas forcément à leur avantage. Le harcèlement sexuel existe au travail, dans la rue, les transports et tout autre lieu de proximité. Le poids de telles humiliations est souvent subi en secret. Ce harcèlement prend des formes variées, des regards lascifs aux invitations directes et explicites pour des relations sexuelles, en passant par les caresses et les propos inconvenants, indésirables, obscènes et déplaisants. Toutes ces pratiques ne sont qu'ignobles manipulations, tentatives d'intimidation et abus de pouvoir.

« Comme le viol, le harcèlement sexuel n'a d'autre but que d'opprimer les femmes ».

Là où les choses deviennent floues, c'est lorsque certains prétendent que ces attitudes ne sont pas du harcèlement mais seulement des tentatives, certes maladroites, mais « innocentes » pour attirer l'attention. Cependant, pour beaucoup, c'est précisément le contraire.

Selon Martha Langelan, dans Back off! How to Confront and Stop Sexual Harassment and Sexual Harassers : « Il ne s'agit pas d'une manière maladroite, grossière, amusante ou mal comprise de courtiser. Ce n'est pas un moyen d'attirer les femmes ; ce comportement n'a rien à  voir avec cela. Comme le viol, le harcèlement sexuel n'a d'autre but que d'opprimer les femmes, pas de les séduire. (...) C'est une expression de pouvoir. »

De plus, des spécialistes, dont Lori Yetman, conseillère en matière de harcèlement sexuel à l'Université Memorial de Terre-Neuve, Canada, conseillent ceci : si quelqu'un tient des propos ou adopte des gestes ou attitudes qui vous mettent mal à l'aise, c'est probablement parce que ses paroles ou ses actes sont déplacés. Au pire, mieux vaut être un peu «  trop sensible » que pas assez.

En effet, Lori Yetman ajoute : « Les harceleurs interprètent généralement le silence de leur victime comme un signe qu'elle accepte leur comportement déplacé. » Inutile de préciser ce qui peut se passer lorsque la victime est très jeune, mineure par exemple. C'est d'ailleurs une technique des pédophiles : faire des approches de plus en plus serrées pour tester la résistance de la victime. Si cette dernière semble peu ou pas réagir, la voie est ouverte pour des actes plus graves encore... Si nous extrapolons un peu ici, c'est pour bien prendre la mesure de la gravité de faits qui pourraient sembler anodins d'un premier abord. Sur ce chapitre, « trop » de sécurité c'est peut-être la sécurité minimum.

Le harcèlement sexuel : une agression déguisée

Une femme dissimule son visage sous ses cheveux © Olaru Radian - Fotolia.com

Harcèlement ou agression, est-ce bien différent ?

Il n'est pas exagéré de ranger le harcèlement dans les premières catégories d'agressions. Toujours selon Lori Yetman, le harcèlement sexuel peut rendre une fille littéralement malade. Des jeunes filles victimes de harcèlement sexuel se sentent souillées, humiliées et blessées. Des marques parfois indélébiles. «  Certaines victimes se sont senties forcées de quitter leur emploi, d'abandonner l'école, d'accepter une rétrogradation, bref n'importe quoi pour fuir le harcèlement », affirme Lori Yetman. Le harcèlement sexuel n'est pas un jeu inoffensif.

Puisque nous abordons le ressenti des victimes, qu'en disent les femmes confrontées à ces atteintes ? Leurs réactions sont un mélange de dégoût, de colère, de dépression et d'humiliation. Une victime déclare : « Cette situation m'a détruite. J'ai perdu mon assurance, ma dignité et mon ambition professionnelle. Ma personnalité a complètement changé. J'étais insouciante ; je suis devenue amère, effacée et honteuse. » Un prix bien élevé pour un simple « jeu »...

L'impact est probablement d'autant plus grand quand l'agresseur est une personne ayant autorité ou bien dépositaire de la sécurité. Aux Etats-Unis, le harcèlement est assimilé à un mauvais traitement en violation des droits civils. Il est de la responsabilité des employeurs, par exemple, de veiller à ce que l'ambiance au travail ne devienne « ni pénible ni malsaine ». Par ailleurs, d'après des enquêtes à ce propos, lorsque des cas de harcèlement sexuel ont été signalés dans des entreprises, on y a également observé un fort taux de démotivation, de même en matière d'absentéisme, ainsi que des fréquents changements de personnel. Tout ceci entraîne des pertes financières, surtout si on y ajoute les indemnités versées aux victimes quand les affaires ont été traitées en justice.

Il semble qu'il y ait de plus en plus de cas de harcèlement sexuel. Est-ce vrai ? Très certainement. Même s'il y a aussi des raisons statistiques, de plus en plus de femmes travaillent, bien plus qu'il y a quelques dizaines d'années. Du coup, s'il y a plus de femmes sur les lieux de travail, elles sont potentiellement autant de cibles supplémentaires pour les harceleurs. Mais il n'y a pas que ça. La revue Men's Health déclare par exemple : « l'accroissement du nombre de plaintes pour harcèlement sexuel s'accompagne d'un déclin stupéfiant du respect des règles du savoir-vivre. Les mauvaises manières se généralisent » Qui contredira ces propos ?

Depuis les années 60, il y a la « nouvelle morale » Vouloir tout permettre, tout tolérer, a nécessairement édulcoré les principes de morale dite « traditionnelle ». Que l'on soit d'accord ou non avec ces comparaisons, force est de constater que le respect, la considération et la compassion ne se sont pas nettement développées... Elles ont même franchement régressé. La vie courante ainsi que la lecture de n'importe quel journal convaincront les plus sceptiques. Ce sont même les attitudes de mépris et de provocation qui prennent souvent le pas. Un exemple ? Des jeux vidéos en vente libre incorporent des fonctions permettant au joueur de devenir l'acteur de viols... Le harcèlement sexuel fait partie des sordides résultantes de telles « moeurs modernes ».

Les conclusions à propos du harcèlement sexuel sont-elles exagérées ?

Certains pensent que oui, que l'on en fait trop et que c'est une question de média, récentes affaires à l'appui. En réalité, il faut bien admettre qu'une femme qui signale un cas de harcèlement prend des risques, en particulier celui d'être déboutée. Ainsi, seules 22 % des femmes harcelées en feraient part à une autre personne. Confrontées à la peur, l'humiliation, la culpabilité, la confusion, la lourdeur administrative, voire la menace, beaucoup gardent le silence. Le phénomène est donc probablement bien plus grand qu'il n'y paraît...

Toutes les études révèlent que les femmes considèrent [le harcèlement sexuel] comme un mauvais traitement.

Autre aberration : les femmes apprécieraient ces marques d'attention ! Ou bien les plaignantes sont jugées trop sensibles, quand elles ne sont pas affublées d'expressions péjoratives et obscènes. Pourtant, toutes les études révèlent immanquablement que les femmes considèrent ces attaques comme de mauvais traitements. Parmi les témoignages les plus récurrents, les victimes citent leur sentiment de dégoût (40 %) et la colère (33 %). A cela s'ajoutent l'angoisse, la dépression, la douleur.

Les femmes sont-elles réellement plus souvent victimes de harcèlement sexuel ? Des chercheurs de l'Association des Américaines en activité signalent que « dans environ 90 % des cas, ce sont des hommes qui harcèlent des femmes, 9 % des cas concernent des personnes du même sexe (...) et seulement 1 % des femmes qui harcèlent des hommes ».

Si ce fléau du harcèlement sexuel est difficile à endiguer, il existe des moyens de limiter au mieux les situations à risques.

«  Le désir sexuel peut aussi être le désir de tuer. »
- Paul Auster, La Chambre dérobée

Le harcèlement sexuel : se protéger

Un homme pose ses mains sur les épaules d'une femme occupée © Martinan - Fotolia.com

Dans la lutte contre le harcèlement sexuel, de réelles avancées sont notables en entreprise. Des dispositifs internes ou para-professionnels (médecine du travail, par exemple) s'efforcent de garantir la tranquillité et la sécurité des employés. On peut encore prendre personnellement quelques précautions.

La plupart des règlements intérieurs des établissements incorporent les risques de harcèlement, moral ou sexuel, et prévoient des moyens de recours. La loi, la menace de poursuites judiciaires, sont des arguments dissuasifs solides, quoique l'instruction de telles affaires est parfois difficile à mettre en œuvre et à assumer. Des moyens de prévention, comme des formations, sont déployés pour prévenir la dégradation des conditions de travail. Tous ces efforts méritent de sincères éloges et ils contribuent à une certaine stabilité.

Malheureusement, il semble très difficile, voire impossible, d'éradiquer complètement le problème du harcèlement sexuel. A ce propos, Gretchen Morgenson, rédactrice dans plusieurs revues et journaux, écrit : « Aucune femme ne devrait avoir à soutenir quotidiennement le feu roulant des allusions sexuelles, mais il n'est pas non plus raisonnable de la part des femmes de s'attendre à travailler dans un environnement pur, exempt de tout comportement grossier. »

Que peut faire une femme, pour se prémunir, autant que faire se peut, contre le harcèlement sexuel ? Nous allons voir plusieurs pistes. Dans un tout premier temps, voyons ce que nous pouvons faire pour ne pas paraître excessifs, pour ne pas donner à penser que nous harcelons qui que ce soit. Messieurs, soyez attentifs...

De nombreux spécialistes s'accordent pour reconnaître que le premier et plus simple moyen d'éviter les malentendus est de garder une attitude très professionnelle, en particulier les hommes envers les femmes. Or, parmi les éléments pouvant prêter à confusion, les geste et attitudes. Même une simple tape sur l'épaule est déjà une prise de risque. Trop austère ? A voir...

« Il [est difficile de trouver un environnement] exempt de tout comportement grossier. »

« Les [juristes] prennent les contacts physiques très au sérieux », fait remarquer Frank Harty, avocat spécialiste du droit du travail. Que conseille-t-il ? « N'allez pas au-delà de la poignée de main. » L'allusion aux juristes évoque l'existence de fâcheux précédents. Lorsque l'on parle de la loi, et en la rapprochant d'un « climat » devenu courant, une certaine prudence s'impose. Dans le registre qui nous occupe, mieux vaut encore être très largement en-dessous de la limite qu'un tout petit peu au-dessus.

Certaines personnes, tout à fait innocemment, ont parfois tendance à être assez tactiles, à toucher facilement leurs interlocuteurs. Un homme d'origine latino-américaine explique : « Là d'où je viens, dit-il, les gens s'étreignent plus facilement qu'ici [aux états-Unis]. Dans ma famille, nous accueillons souvent les amis en les embrassant, mais ici, on nous a conseillé de ne pas être trop prompts à le faire. » En Europe, il suffit de comparer les coutumes « nordiques » avec les « sudistes », par exemple, et le contraste est aussi marqué.

Si le geste est ici en cause, la parole n'est pas en reste. Kathy Chinoy, avocate spécialisée dans les affaires de harcèlement sexuel, suggère de se poser quelques questions avant de s'exprimer : « Voudriez-vous que l'on adresse ce genre de propos à votre mère, à votre soeur ou à votre fille ? » Si la réponse est non, il se peut que nous ayons dépassé la limite en question. Or, des propos déplacés, crus ou obscènes n'ont rien d'édifiant. Ils rabaissent autant celui qui les prononcent que sa victime.

Que faire pour limiter les risques de harcèlement sexuel ?

Surveillez votre propre comportement vis-à-vis de vos collègues ou associés. Dans son livre Comment repousser les avances sexuelles (angl.), Elizabeth Powell exhorte les employés à « apprendre à faire la différence entre un comportement agréable qui convient à leur rôle et le genre de familiarité qui pourrait ouvrir la voie à des avances sexuelles ». On peut être prudent sans devenir pour autant froid, distant et rébarbatif. Des relations professionnelles peuvent être cordiales, parfois chaleureuses, mais doivent rester nettes, en particulier avec une personne de l'autre sexe.

Il y a encore des choses à faire pour limiter les risque de harcèlement sexuel. Cela inclus nos fréquentations et une certaine anticipation sur les situations potentiellement dangereuses. Enfin, en cas de harcèlement avéré, il reste encore des moyens pour enrayer le processus infernal.

«  Si les gens n'abusaient pas de leur pouvoir, il n'y aurait pas de guerre, de crime, d'enfant violenté... et on ne traiterait pas si mal sa secrétaire. »
- Patricia Cornwell, Lire - Mars 1998, interview

Affronter le harcèlement sexuel

Un homme tente de séduire une femme au travail © tomas del amo - Fotolia.com

Seulement un surcroît de travail ?

Le harcèlement sexuel est un vrai problème. Les motivations du harceleur sont toujours égoïstes, narcissiques et dominatrices. Il y a des moyens de se prémunir au mieux contre ce fléau. Dernier volet : ce qui peut être fait pour limiter les ennuis ou affronter les harceleurs.

Il est facile de comprendre que la proximité de gens connus pour être habituellement peu respectueux expose à des complications. Peut-être que, jusque-là, ces individus n'ont-ils pas encore (à notre connaissance) tenté quelque chose d'inconvenant. Mais si déjà leurs paroles révèlent un état d'esprit lubrique, cela ne présage rien de bon si une occasion se présente. L'occasion, c'est peut-être vous.

Prudence quant au genre de personnes que vous fréquentez. Il est vrai que sous couvert de plaisanterie, beaucoup s'autorisent à des excès de langage. Celui qui s'en offusque passe pour rétrograde et excessivement prude. A l'inverse, supporter les pires obscénités avec un sourire béat est censé témoigner d'ouverture d'esprit. Ce serait le signe d'une disponibilité intellectuelle contemporaine très au fait des tendances culturelles modernes.

Vous aurez beau élever un renardeau dans un poulailler, ça n'en fera jamais une poule.

Ces options ne sont que des versions dégénérées de la réalité, prétexte à l'insalubrité ambiante et vecteur des pires abus. S'en démarquer relève parfois de l'acte héroïque tant les tendances tirent plutôt vers le sordide, films, jeux et livres à l'appui. On ne peut pas tout accepter et accepter tout le monde, alléguant compréhension, insertion et adaptation pour « vivre avec son temps ». Vous aurez beau élever un renardeau dans un poulailler, ça n'en fera jamais une poule. En grandissant, l'animal risque (!) de contrarier les meilleurs pronostics.

Discuter régulièrement avec des personnages saumâtres, rire de leurs « plaisanteries » dégradantes ou simplement les écouter, sera interprété comme un assentiment. Celui-ci acquis, qu'est-ce qui s'oppose encore à des avances sexuelles explicites ? Et comment être sûr alors que la résistance ne sera pas perçue comme une réaction de convenance et/ou comme un défi supplémentaire à relever, motivant l'agresseur ?

On ne choisit pas toujours ses collègues de travail mais on peut choisir nos réactions à leur égard. Qu'elles soient sans équivoque et les choses auront moins de chances de se détériorer.

Anticiper sur les risques de harcèlement sexuel

Anticipez sur les possibles évolutions des situations « compromettantes ». Il est fréquent que des employeurs et autres éléments hiérarchiques aux intentions douteuses mettent en place des « dispositifs d'approche ». Au début, il s'agit seulement de prendre un verre après le travail. Ou encore de rester sur les lieux plus tard, sans véritable raison apparente. Ce sont des contextes susceptibles de devenir dangereux.

Les prédateurs sexuels testent progressivement les réactions de la victime. Si celle-ci ne réagit pas explicitement (même si elle a compris le « manège »), l'agresseur s'approche un peu plus. Ce qui le découragerait n'est pas d'être démasqué, mais d'être repoussé. Il n'attend pas l'assentiment de sa proie, seulement son inertie. Inertie qui signera sa fin. C'est de la sorte que procède les harceleurs, les agresseurs sexuels, les pédophiles. Que du beau monde.

Prudence, donc, quant à ces extras, qui n'ont rien à voir avec une invitation sincère dans un contexte neutre. Celle-ci est en général plus occasionnelle, jamais insistante et a souvent lieu dans des environnements publics ou familiers. Le risque zéro n'existe pas, là non plus, mais il est des concours de circonstances qui paraîtront douteux à une femme. Et un doute, c'est déjà une demi-certitude...

Une femme oppose sa main avec fermeté © Viorel Sima - Fotolia.com

La fermeté reste le meilleur rempart contre le harcèlement.

Malgré toutes les précautions, le harcèlement reste possible. Paradoxalement, une femme de bon goût, aux mœurs irréprochables et à la conduite vertueuse peut être la cible d'un harceleur. Comme dit un adage, « il n'y a pas comme les tordus pour voir ce qui est droit ». Une femme droite et honnête est attrayante. Les vraies qualités sont belles et attirantes. Un harceleur pourrait se flatter de s'intéresser à une telle personnalité, pour sa seule satisfaction narcissique.

Que faire si vous êtes l'objet des « attentions » d'un tel individu ? N'écoutez surtout pas les « bons conseils » du genre « faire comme si rien n'était ». A moins de consentement, mais dans ce cas, il ne s'agit plus de harcèlement. Le harceleur ne peut que porter atteinte à votre dignité, voire à votre intégrité physique.

Soyez le plus ferme et le plus net possible. Céder, trembler ou accepter ne fera qu'aggraver les choses. Certes, les circonstances peuvent être très éprouvantes et déstabilisantes. Dès que possible, reprenez-vous.

Martha Langelan, conseillère en matière de prévention contre le viol, dit que les violeurs utilisent le harcèlement sexuel pour « jauger la combativité d'une femme en cas d'agression ; si elle est passive et intimidée quand on la harcèle, ils en déduisent qu'elle sera passive et terrifiée au moment de l'agression ». D'après un auteur, « un non catégorique et immédiat suffit souvent à mettre un terme au comportement déplaisant de celui qui vous entreprend ».

Des parents prévoyants apprennent à leurs enfants comment réagir en cas de situation trouble. Ainsi préparés, ces jeunes gens savent qu'une réaction ferme et immédiate s'impose dès les premiers signes de harcèlement. Ils ont alors le courage et le réflexe de faire face, forts de l'appui de leurs aînés. Le conseil et la préparation valent pour toutes les femmes.

Affronter le harcèlement sexuel

Les harceleurs, dits « hommes entreprenants », sont souvent obstinés. C'est là leur moindre défaut. La fermeté reste de mise en l'adaptant au contexte. L'important est de s'assurer d'avoir été bien comprise. Parfois, une seule remarque calme suffira. Des spécialistes suggèrent de procéder ainsi :

  • Gardez un contact visuel avec l'intéressé.
  • Exprimez vos sentiments. (" Je n'aime pas du tout quand vous... " )
  • Précisez bien la nature du comportement grossier. (" ... m'adressez des paroles crues et vulgaires... " )
  • Dites clairement ce que vous attendez de lui. (" Je veux que vous cessiez de me parler ainsi ! ")
  • « Toutefois, dit Martha Langelan en guise d'avertissement, une confrontation ne doit en aucun cas se transformer en agression. Contre-attaquer (par des insultes, des menaces, des paroles violentes, des coups ou en crachant sur le harceleur) va à l'encontre du but recherché. Il est dangereux d'user de la violence verbale et inutile de recourir à la violence physique, à moins qu'une véritable agression ne vous y oblige. »

    Pour affronter le harcèlement sexuel, la fermeté reste de mise

    Si malgré tout la situation ne s'arrange pas, que faire ? Nous avons déjà évoqué des moyens légaux de recours. Certains se trouvent dans l'entreprise, d'autres auprès de la justice. Menacer l'importun de déposer plainte peut le freiner.

    Tout ceci ne garantit pas pour autant la sécurité. Des affaires très interlopes ont encore alimenté la presse de rebondissements inattendus pour des cas d'agression sexuelle. Alors pour le harcèlement...

    Un homme dans une entreprise était harcelé par une employée, phénomène rare. Il a essayé de se plaindre. Il se rappelle : « Quand j'en ai parlé à mon patron, il ne m'a pas du tout aidé. En fait, il trouvait cela amusant. Je n'avais plus qu'a surveiller les faits et gestes de cette femme et à l'éviter de mon mieux. » Quand encore certains messieurs ne trouvent pas cela flatteur, selon les qualités esthétiques ou sociales de la harceleuse. Pour une femme, la situation peut virer à l'épreuve.

    Engager une action en justice est encore un moyen. Mais les débouchés sont incertains. Le livre Comment repousser les avances sexuelles contient cet avertissement : « Le recours à la justice demande beaucoup de temps et d'énergie ; c'est une source de tension physique et morale. » Peut-être n'y aura-t-il pas d'autres solutions que de changer d'emploi ou de déménager. Ce n'est peut-être pas juste mais ça reste efficace. Autant d'ennuis et de soucis à imputer à une seule et même personne : le harceleur.

     

    F. Huguenin